Dominic Sonic : un ange passe.

Dominic Sonic : un ange passe.

Je m’appelle Patric, j’ai 45 ans, et je suis Sonicaholic. Patric ne prend pas de K parce que, devenu à mes yeux parfaitement inutile un soir de mai 1990, ce K finît par être au bout de mon prénom comme on peut être au bout du rouleau : désespéré. Inutile et parfaitement désespéré, il devint alors rapidement désespérant, pour tout dire exaspérant, et je décidais de m’en séparer sans faire plus de cas. Couic, sans K mais avec un C comme Dominic, un C dont le son ne saurait être de ceux sur lesquels s’extasiaient de stupides marionnettes il y a vingt ans de cela. Pardonnez-moi si j’allitère (d’asile). D’ailleurs à ce propos, puisque tout a une fin, même l’errance, revenons sans crainte à nos moutons dont Buk, je crois, s’est toujours tenu éloigné. Le vieux Buk, petite mère, comme chaque nuit ou presque maintenant, est passé me voir et nous avons éclusé quelques bières en évoquant Miller, et Genet, et des histoires de singes qui rongent la nuque, des voix dans les flammes, des larmes de crocodiles. Nous avons une fois de plus tenté de résoudre mai 1990, , scène de l’Aéronef, apparition côté cour, ralenti, effet Doppler, les neurones mis à mal. Buk a dit John, et Johnny, celui des poupées new-yorkaises, il a dit Gueule d’ange, Attitude. J’ai dit Jim, tenté Faille temporelle, murmuré Iggy, je me suis arrêté, j’ai avancé doucement Dominic. Buk a souri en silence, descendu bruyamment une nouvelle boîte de bière, et s’en est retourné retrouver Cass, la plus belle fille de la ville, en gueulant Add To Friends, t’aurais pas dû, mec, c’est pas bon pour ta thérapie, ça, pas bon du tout…

Dominic Sonic
Salut Dominic, si je compte bien, tu viens de fêter 25 années de présence dans le paysage rock (français)… Quel regard tu poses sur ça ?

Je suis partagé entre deux sentiments : d’une part, je me sens complètement « dedans » puisque je n’ai jamais arrêté de jouer et d’écrire. D’autre part, en travaillant avec Déportivo, par exemple, j’ai réalisé que les jeunes groupes ne me connaissaient pas, ce qui, au-delà du fait d’être rigolo car cela permet de se placer en observateur averti à leur insu, se ressent comme un passage de flambeau (dans une certaine mesure). Ce qui m’étonne le plus chez les jeunes groupes, comme chez les jeunes en général, c’est leur manque de culture musicale et générale.

« Passage de flambeau »… Quiconque t’a vu sur scène sait que tu es un passeur, et dans tes compos, et dans l’attitude, et dans le choix des reprises… Il y a sur ton site internet une superbe photographie du groupe Kalashnikov : le qui pose sur cette photographie, c’est déjà un passeur ? Ecrire une chanson sur le vieux Buk, c’est être un passeur, non ?

Je ne pense pas avoir eu conscience de transmettre autre chose que celles qui me faisaient vibrer à l’époque. Philosophiquement, la notion d’empirisme m’a été transmise très tôt par un grand-père qui faisait de la philo comme le douanier Rousseau de la peinture… Il m’a principalement appris à faire partager ce qu’il (je, nous) trouvait agréable ou beau. Ce n’est que très récemment, en expliquant à mon fils de 15 ans certaines choses que mon grand-père m’avait demandé de transmettre « ad vitam aeternam », que j’ai réalisé l’importance de ce passage de flambeau. Je crois même que la notion religieuse (quelle qu’elle soit) de vie éternelle, ne repose que sur cette notion. C’est simpliste, mais c’est une contribution envers l’humanité.

Ta prochaine contribution, justement, c’est un album, on va y revenir, la sortie également d’un DVD, et puis, là où personnellement je ne t’attendais pas, un rôle au théâtre… Dis-moi tout sur ce dernier projet…

Un jour, un garçon que j’avais rencontré lors d’une fête de la musique à Nantes m’a appelé pour me dire qu’il avait écrit une pièce intitulée « La loi des pauvres gens » (titre d’une de mes chansons) et qu’il souhaitait que je joue de la musique et que j’apparaisse comme comédien dans cette pièce. J’ai accepté, surtout lorsque j’ai appris que l’un des deux autres comédiens serait Jackie Berroyer. Je l’avais rencontré en 94 sur le plateau de « Nulle part ailleurs », et suis fan de ce qu’il fait. Nous sommes récemment allés voir les Stooges ensemble. C’est un type génial. Pour conclure sur le sujet, nous allons faire une résidence au « lieu unique » (ancienne usine LU à Nantes) en septembre et y présenter notre travail. Nous tournerons ensuite début 2007. Je joue donc de nouveaux morceaux composés pour l’occasion et fais l’acteur par bribes.

Ces nouveaux morceaux font partie du nouvel album ?

Certains, peut-être… Dans la mesure où il est question que nous retouchions des textes que j’avais écrit pour les faire coller au plus près de la pièce, il se peut que je revienne plutôt aux versions originelles. Il est un peu tôt pour te répondre.

La musique, le théâtre, l’image, on parle d’une collaboration avec l’écrivain Jean Echenoz : tu aimes les connexions inter-disciplines, déborder du cadre ? C’est une affaire de rencontres, d’amitié ?

D’une part, je trouve le milieu de la musique trop étriqué pour y rester cantonné, mais j’aime écrire, peindre (même si dans mon cas la peinture en bâtiment serait plus propice…), mais surtout tenter de nouvelles aventures avec toute l’inconscience du novice. Je sais quand même m’arrêter si je suis trop nul. On m’a proposé un long métrage récemment et je ne sais absolument pas si je serai à la hauteur. Le seul moyen de le savoir, c’est d’essayer ! Ceci dit, l’éclectisme dont je fais preuve est en partie bidon car lié à des rencontres et des amitiés. Jean Echenoz est un ami et il est logique qu’entre amis nous soyons tentés de confronter nos expériences, donc de travailler ensemble.

Je ne pense pas que cela soit « bidon ». Jackie Berroyer, pour l’exemple, est passionné de musique, critique rock, acteur, écrivain, etc., au début des années 90 il est co-scénariste et acteur dans « Lune Froide », d’aprés l’oeuvre de Charles Bukowski. Je ne crois pas au hasard. Tes amis te ressemblent, et les amis de tes amis sont éclectiques. C’est ton côté punk…

Tu as certainement raison concernant l’absence de hasard, mais il est aussi normal de ressentir une forme de vacuité lorsque, justement, les rôles sont liés à des rencontres (et donc de l’affect), plutôt qu’à de réelles compétences professionnelles. Il est un peu romantique de penser que le talent ou la magie de la rencontre suffise à rendre l’autre pertinent, même si cela facilite grandement l’abord de nouvelles expériences. J’ai, cependant, parfaitement conscience de la chance que j’ai de fréquenter des gens comme Jackie ou Jean. Ne sous-estime pas ma fierté d’apprendre d’eux. Par contre, aussi punks soient-ils eux-mêmes, je ne crois pas une seconde que ce soit pour aucun d’entre nous un point de ralliement autre qu’un vague relent de romantisme.

Presque dix ans se sont écoulés depuis ta dernière production musicale, Essais 94-96, que d’ailleurs, si je me souviens bien, tu ne présentais pas à proprement parler comme un album. Dix ans c’est long…

Tu ne crois pas si bien dire… C’est même tellement interminable que je suis devenu d’une patience totalement inhabituelle chez moi. Quelque chose entre le découragement total et la réelle patience (qui implique également une confiance aveugle en l’avenir). En fait, je n’ai jamais cessé d’écrire (des chansons par centaines, des poèmes, un roman), de composer, de faire des concerts, etc., etc. La seule différence, c’est que rien de tout cela n’a été édité, ce qui revient à rendre toutes ces productions complètement vaines, ou plus exactement in-abouties. C’est con mais le fait d’éditer son travail permet de s’en débarrasser et de passer à autre chose. Sinon, il reste là, utile seulement pour soi, donc totalement inutile dans l’absolu. Bref, oui dix ans c’est long. La seule chose qui ne soit jamais perdue c’est l’expérience. L’empirisme est un but. On s’améliore.

Publier des écrits, je t’ai entendu en parler il y a… fort longtemps. 1992 peut-être bien. Qu’est-ce qui t’en empêche ?

La réponse est très simple : je n’ai pas trouvé d’éditeur. Honnêtement, je me suis découragé un peu vite, mais avec le temps, j’ai également réalisé que mon « roman » était vraiment léger, littérairement parlant. Je suis toujours partagé entre l’envie de le réécrire et l’envie de l’oublier. J’ai peur de le sortir tel quel et de ne plus l’assumer rapidement. Parallèlement, j’ai un mal fou à revenir sur un travail déjà effectué (peur de le dénaturer ?).

Revenons à la musique : tu vis aujourd’hui à Paris, mais le nouvel album tu l’as enregistré à Rennes, ta ville natale, ville mythique s’il en est. C’était une volonté particulière ? Il sortira sur quel label ? Tu as travaillé avec qui ? Des invités ?

J’enregistre à Rennes pour plusieurs raisons : je fais partie d’un collectif comprenant les « Bikini Machine » avec lesquels je partage un local (tout mon matos s’y trouve). Deux membres des Bikini jouent avec moi depuis notre projet commun appelé « Sonic Machine ». Dominic Sonic aujourd’hui c’est : Patrick Souriman (basse), Franck Hamel (guitare), Yves-André Lefeuvre (batterie). Les deux premiers jouent dans Bikini, le dernier joue avec Dahlia. Nous travaillons les morceaux ensemble. Chacun joue de tous les instruments. Le principe est juste de trouver une idée. Nous nous relayons donc à la batterie, aux guitares, aux claviers, percus, machines en tout genre… Celui qui trouve une partie intéressante la joue. C’est aussi simple que cela. Sur scène, la formation sera la même. L’album devrait sortir en licence sur le label « le Village Vert », distribué par Wagram qui devrait distribuer également tout le reste du catalogue (il ne me manque que «  » pour l’instant). La sortie devrait se faire début 2007, suivie d’une tournée. Concernant les invités, je n’y ai pas encore réfléchi, mais tout est possible. Cela dépendra surtout de la disponibilité des invités. Parallèlement, via internet, il n’a jamais été aussi facile d’échanger des dossiers Cubase, et donc de s’autoriser des invités lointains (de Détroit, par exemple, ou de NYC…)

2007 sera donc pour toi une année chargée : tournée pour la pièce de théatre, tournée pour l’album… J’espère que ta route passera par Lille ! D’ici là, le DVD pour nous faire patienter ? Quelques mots là-dessus ?

Suite à une discussion avec Yann Hamon (le manager), nous pensons plus pertinent d’offrir cet éventuel D.V.D comme bonus sur une série limitée de l’album, mais rien n’est vraiment déterminé pour l’instant. Le plus urgent : finir l’album, et jouer à Lille.

On t’y attend ! Pour terminer, un peu de vrac : As-tu finalement retrouvé le son de ton premier ampli ? Est-ce que parfois aujourd’hui on t’appelle « Mister » ? Un groupe, un artiste, que tu aimerais nous faire découvrir ? Ce qui reste des New York Dolls était à Paris fin juin : tu es allé les voir ? Une question que j’ai oublié de te poser ? Qu’est-ce qu’on peut faire pour toi ?

Concernant l’ampli, j’ai trouvé beaucoup mieux (un VHT Pittbull !!!). On m’appelle Monsieur quand on me demande des clopes dans la rue… J’ai vu (avec Jackie Berroyer) un jeune groupe très prometteur : les « Stooges ». Non, je n’ai pas vu David Johansen et Syl Sylvain, que je ne considère pas comme les « New York Dolls » à eux-deux. Ce que vous pouvez faire pour moi, vous êtes en train de le faire et je vous en remercie…

Merci à toi, vraiment.

Interview sous licence CC-by-nd 2.0 Fr par Die Intellektronische Biparietal Projekt.

Crédit Photo : Vogue Homme

Calendrier : le 25 septembre 2006 à 20h, Le lieu unique (ancienne usine LU) à Nantes, 1ère représentation de « La loi des pauvres gens », pièce écrite par Sylvain Chantal, jouée par Jackie Berroyer et Dominic Sonic.

Retrouvez Dominic Sonic sur http://dominicsonic.free.fr et http://www.myspace.com/dominicsonic

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