L’an dernier, Dominic Sonic m’avait confié sa participation à une pièce de théâtre en préparation, une pièce dont le point de départ était sa chanson « La loi des pauvres gens ». Il m’avait également parlé de son roman, et tout ça n’avait fait qu’augmenter mon intérêt pour le personnage : ce besoin d’exprimer, de s’essayer à différentes formes d’art, de « tenter de nouvelles aventures avec toute l’inconscience du novice » selon ses propres mots, en faisaient à mes yeux un personnage complet. Depuis, j’ai rencontré Sylvain Chantal, co-auteur de la pièce avec Jackie Berroyer, Dominic Sonic, et Hervé Guilloteau, metteur en scène, mais, à l’instar de Sylvain, je ne me risquerai pas à vous tracer un portrait de chacun même si je les crois bien incapables, quoiqu’il en dise, de « me péter la gueule » : trop de tendresse (ou de folie, ou de rêves) dans la pupille de ces gars-là, et c’est d’ailleurs à mon sens la première – mais pas la seule – bonne raison d’aller voir la pièce qui se jouera à Nantes au Lieu Unique du 15 au 25 janvier prochain…
Bonjour Sylvain, merci d’avoir avoir accepté de répondre à quelques questions. La première de « La loi des pauvres gens » aura lieu dans quinze jours : après quelque chose comme trois ans et demi de travail, comment te sens-tu ?
Tout d’abord, ça ne fait pas trois ans et demi de travail. J’ai écrit une première version de la pièce en décembre 2005, juste après les Trans, que j’ai soumise à Dominic à Noël. Il a tout de suite accepté de participer au projet. Ensuite, j’ai contacté Hervé Guilloteau, un ami metteur en scène avec qui j’avais déjà collaboré sur une autre pièce. Grand fan de Sonic, il était partant lui aussi. De même que l’acteur Bertrand Ducher, avec qui en revanche je n’avais jamais travaillé auparavant mais qui est vraiment super fort. Ensuite, il a fallu choisir celui qui jouerait le rôle d’Anatole. J’ai pensé à Jackie Berroyer, à qui j’ai téléphoné. Je lui ai ensuite envoyé le texte. Pas de réponse. Je l’ai croisé quelques semaines plus tard dans le métro. Par hasard. On a pris un café et, le soir même, nous nous rendions Dom et moi à son spectacle, un « one-man-show avec guitariste » que j’avais vu en Avignon l’été précédent. Du coup, il nous a promis de lire la pièce. Un mois plus tard, il m’a demandé de retravailler le texte qui, en l’état, ne lui paraissait pas suffisant. Ce que j’ai fait. Ensuite, est arrivée une première étape de travail avec toute l’équipe enfin réunie au Lieu Unique, scène nationale de Nantes, en septembre 2006. Là, Jackie a lui aussi mis beaucoup de sa patte dans le spectacle. Nous avons joué six fois un extrait d’une demi-heure dans le cadre du festival « Chantier d’artistes ». Les gens du Lieu Unique ont dû apprécier puisqu’ils nous ont proposé de créer le spectacle dans son intégralité pour janvier 2008. Finalement, tout a été relativement vite.
Je prenais comme point de départ ta rencontre avec Dominic Sonic en juin 2004. Mais ton niveau d’adrénaline, alors, il en est où ? C’est quand même un sacré projet. Ça doit demander une énergie folle, non ?
Autant l’an passé, lorsque nous avons effectué cette première résidence au Lieu Unique, j’étais particulièrement stressé car je gérais pas mal d’histoires liées à la production de l’événement, autant cette année tout roule. La compagnie Meta Jupe d’Hervé a fait appel à une chargé de prod, Christelle, qui s’occupe de tout. C’est du velours. De plus, après cette première expérience, nous savons que l’équipe s’entend humainement et artistiquement. Ce qui était une véritable gageure avec toutes ces fortes personnalités !
Justement, peux-tu nous tracer un portrait rapide de chacun des intervenants ? Jackie Berroyer et Dominic Sonic sont-ils les touche-à-tout pointilleux au grand coeur qu’on imagine ?
Je ne me risquerais pas à dresser un portrait de chacun. Trop peur de me faire casser la gueule…
Oh la… c’est un métier à risque ! Plus sérieusement, tu te souviens du moment où t’es venue l’idée, le scénario de la pièce ?
L’idée d’écrire une pièce pour Dom m’est venue lors des TransMusicales. Chaque année, nous nous réunissons pour un repas arrosé le samedi des Trans avec quelques amis. Chez Fred qui nous accueillait, il y avait une photo au mur de Dom avec les frères Asheton, quand il avait fait « chanteur des Stooges ». J’ai dit en rigolant à Fred : « Moi aussi, j’aimerais bosser avec Sonic ! ». Il m’a répondu : « Bah vas-y ! Propose-lui… ». Dès mon retour à Nantes, je me mettais à la tâche… Le scénario en revanche, je ne le connaissais pas. Pour chacun des textes que j’écris, je suis toujours mon premier lecteur dès que je m’installe devant l’ordinateur. La seule base de départ était de reprendre quelques unes des paroles de La loi des pauvres gens, chanson que j’adore depuis que j’ai 14 piges. On dit toujours « quels morceaux embarquerais-tu sur une île déserte ? ». Celle-là figurerait dans mon trio assurément.
Petit intermède musical : le trio aujourd’hui ce serait quoi, alors ?
La Loi, donc, Looser de Beck et Rebop de Marie et les Garçons. Que des tubes en quelque sorte.
Perdre sa femme dans un hypermarché, le départ de la pièce, c’est pas commun… En même temps ça semble tellement aller bien à Jackie Berroyer. C’est quoi ton ‘référentiel’, tu as des idoles en littérature ?
J’ai énormément lu étant gamin, je dévorais même. Aujourd’hui, faute de temps, je ne lis plus beaucoup. J’adorais Maupassant, Céline, Faulkner…
Revenons à ton travail d’écrivain : dans quel état d’esprit écris-tu ? Isolement, cigarettes, alcool fort, et Remington jusqu’à l’accouchement ?
Je n’écris pas souvent car j’ai beaucoup de boulot par ailleurs. Donc je m’y mets généralement quand j’ai quelques jours de vacances. Je suis très discipliné. Je m’y mets aux alentours de 8 heures du matin, cafetière et tabac à mes côtés, et j’écris jusqu’à midi. Tous les jours pendant cette période. J’écris chaque texte, pièce ou roman, avec le même disque que j’écoute en boucle. Par exemple, quand j’entends Homework, le premier album de Daft Punk, aujourd’hui à la radio, je repense invariablement à un texte sur Maupassant que j’ai écrit en 1997.
Écrire des pièces n’est donc pas ton premier job ? Touche-à-tout, toi aussi ?
Je suis journaliste. J’ai commencé par les fanzines, adolescent. Ensuite j’ai bossé pour un journal national, à Buenos Aires puis à Paris. Aujourd’hui, je monte mon propre titre, Paplar, qu’on propose uniquement sur les festivals. On vient de commencer aux dernières TransMusicales où on a d’ailleurs invité Jackie comme chroniqueur.
Tu es content du lancement de Paplar ? Des retours ?
Oui, ça s’est vraiment bien passé. Très bonne expérience. On a pris contact avec d’autres festivals intéressés pour nous accueillir en 2008.
A propos du duo musique/écriture dont tu parles un peu plus haut, il est amusant de constater qu’on le retrouve également chez Jackie Berroyer, journaliste rock dès les 70′s puis scénariste, et chez Dominic Sonic qui a écrit un roman dont on devrait entendre parler prochainement j’espère…
Pour Jackie, je savais évidemment tout ça. Mais pour Dom, j’ignorais avant qu’il ne m’en parle qu’il avait écrit un roman. Il me l’a fait lire. C’est vraiment un très bon texte, pas prétentieux du tout, très humain. J’espère vraiment pour lui qu’il sera publié. Son ami Jean Echenoz avait essayé de le « placer » aux Editions de Minuit, mais ça ne l’avait pas fait. Je suis sûr qu’il y a d’autres maisons qui pourraient le signer. Quant à Hervé Guilloteau, le metteur en scène, il adore mélanger dans son travail musique et théâtre.
La question récurrente lorsque j’évoque la pièce autour de moi c’est : sera-t-elle ensuite jouée ailleurs qu’à Nantes ? Je suppose qu’avec l’équipe vous ferez le bilan après le passage au Lieu Unique, mais c’est quelque chose qui est souhaité ?
On espère évidemment que des programmateurs vont venir à Nantes voir le spectacle et qu’une tournée va s’ensuivre pour la saison 2008-2009. Dans le contexte actuel du spectacle vivant, il est très dur de monter une tournée. Déjà, le fait d’avoir dix dates en janvier, c’est presque un exploit ! Mais ce serait triste de s’arrêter là. Avec toute l’implication que chacun a mis dans ce spectacle…
Implication qui se ressent au travers des diaporamas disponibles sur le site du Lieu Unique. Chouettes photos de Caroline Bigret… Sacrés « gueules » quand même : on sent les « fortes personnalités »… Bon, dis-moi, finalement, on sait peu de choses de la pièce – à part cette histoire d’épouse perdue dans un hypermarché. Tu la qualifierais comment ? Décalée ? Surréaliste ? Touchante ? Elle s’adresse à quel public ?
On navigue en permanence dans l’absurde. Ce qui est bien également, c’est que le spectacle est évolutif. Tous les jours, on rajoute des trucs, des trouvailles… Jusqu’au 15, et même pendant les dix jours, ça évoluera.
Avant de se quitter – merci à toi et à très bientôt – quelle est cette fée que vous avez invité ?
C’est une fée à qui Jackie et Bertrand cassent la gueule. Mais je n’en dirai pas plus…


