
La nouvelle est tombée il y a quelques jours sur le blog de Dominic Sonic : sur une idée de Patrick Sourimant (Skippies, Dominic Sonic, Bikini Machine), qu’on ne remerciera jamais assez, Dominic sera le 4 décembre prochain au Bistro de La Cité, à Rennes, avec Vincent Sizorn et le magnétophone et les bandes d’il y a plus de vingt ans, pour une interprétation live de son album mythique Cold Tears. Mik Prima (Bikini Machine) s’est chargé de restaurer les bandes, et, paraît-il, « ça va le faire ». Retour vers le futur, donc, le futur qu’imaginait à l’époque l’incontournable rockeur…
Très bien. Je suis enchanté et surpris à la fois de constater que ce projet puisse susciter autant d’intérêt et d’excitation. Je ne me mets aucune pression, cependant.
Avec Vincent, ce sont des retrouvailles ? Ca se passe bien ?
La dernière fois que j’ai collaboré avec Vincent, c’était en Hongrie (qui n’est pas un bon souvenir) Disons que nous ne nous sommes jamais vraiment perdus de vue. Nous avons tellement de souvenirs en commun. Je pense qu’il a plus de pression que moi sur cette histoire.
Evoquons, si tu le veux bien, la genèse de Cold Tears. On est en 1986, tu n’as pas 22 ans, les Kalashnikov dont tu étais le chanteur viennent de splitter. Le groupe aura donné environ 400 concerts, écumé la plupart des festivals nationaux (Transmusicales, Printemps de Bourges, etc.), joué en première partie de nombreux groupes (Johnny Thunders, Lords of the New Church, Orchestre Rouge, Les Dogs, Marc Minelli, etc.)*. Trop de violence, dis-tu dans tes interviews. Le split s’est passé dans la douleur ? Tu étais dans quel état d’esprit à ce moment là ?
La violence était devenue systématique sur les derniers concerts. Lors d’une date à Saint-Brieuc, au bout de 20 minutes, j’avais shooté dans la tête d’un type qui essayait de monter sur scène et nous étions là, derrière les amplis, en train d’éviter des cannettes en verre jetées du public, tout en répondant nous-mêmes à l’aide de bouteilles pleines. A cet instant, comme les bouteilles, ma coupe l’était. J’ai préféré en rester là. Il se trouve que, parallèlement, nous n’étions plus vraiment en phase artistiquement. Mes compos et l’orientation que je souhaitais leur donner ne convenaient pas à Martin. J’avais, par ailleurs très envie de les développer seul.
Tu loues alors un 4 pistes et tu t’enfermes pour composer, en 4 jours, 4 morceaux…
Oui, après avoir tenté d’enregistrer en 2 pistes et constaté que le résultat était inaudible, j’ai loué un Tascam 4 pistes à cassette. Le premier jour, j’ai enregistré et mixé « When my tears run cold » en écrivant le texte dans la foulée (j’avais déjà le riff) Le lendemain, j’ai composé, écrit, enregistré et mixé « What I’m waiting for ». Le troisième jour, idem avec « Call me mister », et enfin « Shadows in the fire » le quatrième jour.
Ca se passait où ? Rennes, Dinard, Saint-Brieuc ?
Les premiers essais en 2 pistes à Dinard, la maquette 4 pistes dans le minuscule appartement que nous louions, ma copine et moi, à Rennes.
Le matériel utilisé c’était un clavier Casio en guise de boite à rythmes (ah la bossa nova du Casio !), un ampli pour orgue et ta Firstman II rouge ?
Exact. Le clavier possédait une fonction boite à rythme proposant 5 choix (bossa-nova, samba, valse, tango, et rock) J’ai choisi rock (étonnant, non ?) Comme il s’agissait d’un poum/crack binaire, j’y ai ajouté des claps à contretemps à l’aide d’un tambourin frappé avec un tube de bambou fendu (percussion originaire des Baléares offerte par ma grand-mère) qui donnera ce son très particulier aux rythmiques. J’avais également une vieille guitare classique, une basse dont j’avais retiré les frets.
Avec tes 4 compositions, tu pars rencontrer Jean-Louis Brossard des Transmusicales pour le persuader de manager le désormais Dominic Sonic. Jean-Louis et toi vous êtes déjà des proches, mais ce fut simple ou pas de le convaincre ?
On ne peut plus simple : dès la première écoute, Jean-Louis, qui n’est pas d’un naturel flatteur, était « scotché ». Il n’a plus arrêté de la faire écouter, cette maquette.
Dès les premières répétitions, tu t’adjoins les services de Vincent Sizorn. Vous vous connaissiez de longue date ?
Vincent était un ami de Boulmich (bassiste originel des Kalash), et rejoignait parfois le groupe le temps d’un bœuf. Nous nous fréquentions pour d’autres raisons, mais son recrutement s’est fait assez naturellement.
Avec un ami anglais, Flash, tu prépares les bandes, retrouvées aujourd’hui, qui te permettront d’aborder la scène. La programmation se fait, si je ne m’abuse, sur un TR-909. Qui a eu l’idée d’utiliser une machine plutôt dédiée aux courants Acid Music et C ?
Andrew (Flash) m’a bien aidé à élaborer les bandes de concert. Il possédait une TR-707 (pas 909) J’ai également collaboré avec Chris Mix (autre anglais) sur « La loi des pauvres gens ». En fait, comme les bandes ne faisaient que 35 minutes, il a vite fallu « meubler » pour faire des clubs. Nous avions donc une version avec Tonio Marinescu à la batterie et nos deux anglais aux claviers. Nous faisions alors une improvisation sur base de « When the music’s over » des Doors qui durait 30 minutes. Plus tard, nos deux compères sont devenus ingénieurs du son du groupe.
Est-ce que vous avez tourné beaucoup, Vincent et toi, avant de trouver un label, en l’occurrence Crammed Discs ?
Je dirais 50 dates environ. J’ai rencontré Nicolas Gautier (alors représentant de Crammed en France) sur le tremplin de « rock’n solex » à Rennes, dont le 1er prix était une maquette en 16 pistes et la première partie (le soir même) de Minimal Compact.
12 nuits pour enregistrer l’album sous la houlette de Gilles Martin, à Bruxelles. Quels souvenirs ?
J’en garde un souvenir assez ému. Nous étions un peu perdus Vincent et moi dans cette capitale cosmopolite dans laquelle nous ne connaissions personne. Nous dormions dans l’immeuble où logeaient Samy Birnbach et sa femme Trully. Ils furent d’ailleurs adorables avec nous. Nous dormions le jour, mangions des sandwichs au coucher et faisions des repas chauds au réveil. Nous avons très vite entretenu des relations privilégiées avec Gilles.
On dit, je ne sais plus qui a dit ça, que le talent ne suffit pas, qu’il faut également rencontrer la bonne personne au bon moment. C’est le cas pour Cold Tears ? Qu’est-ce qui, selon toi, fait que ça a fonctionné, que c’est devenu un album culte ?
Je pense qu’il s’agissait, au-delà des personnes, de la bonne idée au bon moment. En fait, le mélange de tradition rock, de post-punk, et de dandysme, donnait quelque chose de très « contemporain » à ce moment là.
Comment tu le vis aujourd’hui cet album ?
Disons qu’il s’agit de ma carte de visite, car, malgré les années, il est toujours très représentatif de ce que je suis au fond. Le son a vieilli, il y a des choses que je ne referais pas, mais dans l’ensemble il reste très proche de ma vision du rock.
Et ton parcours ?
Je me dis, avec le recul, que je suis sacrément fainéant intellectuellement car cet album offrait une réelle possibilité de développement, que je n’ai pas su exploiter. Concernant le parcours lui-même, tu sais ce que j’en pense : on a plus ou moins ce que l’on mérite…
A ton avis, s’il sortait aujourd’hui, Cold Tears aurait le même accueil ? Je veux dire : l’époque ne semble plus être au sulfureux…
Impossible de le savoir, même si je pense qu’il aurait bénéficié de l’effet « nouveauté », voire d’un petit côté « trendy ». Sans doute aussi serait-il passé à la trappe assez rapidement.
Sur la pochette on peut lire le nom de gens que tu as continué à côtoyer : Gilles Martin, bien sur, sur 3 albums, Jo Pinto Maïa, réalisateur de clips, Emmanuelle Margarita, photographe que l’on retrouvera sur ‘Les Leurres’… D’autres que tu aimerais citer à nouveau ? Qui est Mélissa ?
Les « fidèles » sont à peu près restés les mêmes. Mélissa était la fille de Sarah (la compagne de Vincent) Une merveilleuse petite fille espiègle et attachante : elle est morte d’une méningite foudroyante à 6 ans. L’horreur…
[un silence, forcément] J’en connais quelques-uns, moi le premier, qui ont hâte de te retrouver pour cet évènement. Tu as prévu un enregistrement live, une vidéo ?
Rien n’est prévu pour l’instant. Peut-être devrions-nous contacter Jo Pinto Maïa pour l’occasion ?
Tu imagines bien que je lui ai fourni l’information, pour le cas où elle lui aurait échappée… Je me suis également laissé dire que d’autres Rennais, dont je tairais le nom… Quoiqu’il en soit, merci, très cher, d’avoir répondu à mes questions.
* source www.myspace.com/leskalashnikov
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